Les petits bouquins d'Hime-Chan

Je vous salue, voyageur !

Bienvenue en ces lieux de lecture et d'écriture...

Vous y trouverez :

- mes textes

- des conseils de lecture

- une chronique sur la poésie : "J'vous sers un vers ?"

- une chronique sur plein de livres différents : "Grignotages littéraires du Lapin Blanc"

- une page "Elans poétiques", un recueil de vers et de petits textes en vrac

- les Défis Fabuleux et Frappés des Funambules Calligraphes, des petits défis d'écriture avec ma meilleure amie Tisama dont le blog est ICI !

J'espère que vous y trouverez de quoi faire votre bonheur !

Hime-Chan

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07 avril 2020

Enfant de la ville et du béton

 

ville

Vue de Londres, août 2018

 

Je suis enfant de la ville et du béton

Le sang dans mes veines ressemble à du goudron

Et pourtant je voudrais voir à mes pieds

Les murs de cécité des cités s’effondrer

Aveugles aux charmes et aux beautés

D’un monde qu’elles ont trop souvent exploité

 

Fascinée, captivée par ces géants de ciment

Ces paquebots-immeubles aux ventres débordants

De vies accumulées, entassées, lentement digérées

De quels rivages êtes-vous ?

Vers quels orages partez-vous ?

Et quels outrages fuyez-vous ?

Etouffer les espoirs de connaître un jour la gloire

Accepter de n’avoir au final aucun pouvoir

Ressasser le passé, les origines du Mal

Et pour la société, être un dégât collatéral

 

Est-ce l’idée

D’une destinée

Qui nous rassemble tous

En tant qu’Humanité

 

Gamins des rues au regard fier, colère

Nous avons partagé nos jeux, c’était hier

Aujourd’hui entre nous un fossé s’est creusé

Mais j’ai la volonté toujours de le combler

Petite fille chanceuse, avec dans les mains

Toujours de quoi calmer la soif, la faim

Et oublier ce besoin intense

Trouver un sens à l’existence

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31 mars 2020

Souvenir d'amitié

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C’était un soir de janvier

Il faisait bon

On avait sur la langue

Un rire pétillant

Au goût de houblon

On a levé nos verres

A quoi ? J’ai oublié

Mais la lumière dorée

Sur les courbes du bois

Et la joie partagée

Comment les oublier ?

Souvenirs à chérir…

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22 mars 2020

Diptyque dépressif, ou comment tomber et se relever

Casse

L'espace

Déchire les dimensions

Pas

De temps

Là où je vais

Que des tensions

Un univers unilatéral

Létal

Fatal

Le vide

Violent

Qui évolue lentement

Absence

Silence

Latence

 

J'ai plongé dans la prunelle dilatée d'un trou noir pour fuir la lumière déchirante des astres et, au-delà, je n'ai vu que la mort.

__

Sa silhouette s'effaçait dans la nuit

Silencieuse

Mes mains gelées ne retenaient

Que la brume

D'un songe aux reflets fanés

Elle s'enfuyait

Dans sa robe immaculée, pâle, blafarde

Les fleurs de sa couronne en cendres

Tombant à ses pieds meurtris

La vierge enfant

M'a refusé son sourire

A détourné son regard

De mon âme implorante

Alors je me suis tue

J'ai réprimé mes plaintes

Et dans la lumière rougeoyante de l'aurore

J'ai marché vers la ligne d'horizon

Sereine

 __

Quelques mots sur ces deux poèmes : le premier a été écrit à une période où je n'allais vraiment, vraiment pas bien. J'ai pu vite identifier les raisons de ce mal-être et je suis rapidement allée mieux, d'où le deuxième poème. Aujourd'hui j'ai bien avancé, et c'est pourquoi je peux vous présenter ces deux textes, que je trouve beaux malgré l'étrange sentiment qu'ils m'évoquent.

Prenez soin de vous.

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27 octobre 2019

Nef sacrée

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Cathédrale de Metz, avril 2019

 

Où vogues-tu, nef sacrée ?

Où vont les chants de ton chœur dans l’abside ?

Quels vents d’orgue portent tes voûtes ?

Vaisseau de pierre, cherchant la route…

Bénis soient les embruns qui caressent

Les flancs de ta coque pavée.

Le ressac a emporté ma foi

Mais ta beauté de navire céleste

Est une prière divinement chantée

Par la voix sourde, profonde, des abysses

Où gisent les âmes de tes enfants perdus.

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07 octobre 2019

Orbe

L'eau est si calme et si froide

Figée sur cette orbe de pierre et de glace

Silence

Temporalité dissoute

Dans l'absence de sens

La lumière bleue et indifférente

D'une étoile lointaine

Enveloppe le monde

Nuit américaine

Morne

Amère

Eternelle

orbe

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29 septembre 2019

Une journée de braderie livresque à Fontenoy-la-Joûte

Bonjour tout le monde !

J'espère que vous allez bien. De mon côté, ça va mieux, vous aurez remarqué que le dernier message n'était pas des plus réjouissants... Histoire de me remonter un peu le moral, mon amoureux m'a emmenée hier dans un endroit merveilleux : Fontenoy-la-Joûte, village du livre de Meurthe-et-Moselle ! (petite pub ICI) Ce week-end, c'était la grande braderie, avec des remises dans les différentes boutiques et des bouquinistes itinérants présents pour l'occasion. Alors vous vous doutez bien que mon budget livres du mois y est passé... Et j'avais envie de vous partager mes petites trouvailles, pour vous faire partager ma bonne humeur ! ^^

Ce sera donc un petit message de blabla léger autour de quelques ouvrages grapillés par ci par là ! (17 en tout pour un budget total de 50€, vive les livres d'occasion !!!)

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Je vous présente tout d'abord deux ouvrages qui ont fait craquer mon coeur de forestière...

En rouge, une ancienne version de la flore Bonnier, dont j'utilise une des dernières rééditions pour identifier les plantes à fleurs de mon herbier. La trouver dans cette belle édition reliée, qui sent bon le vieux papier, ça m'a fait très plaisir ! Je ne l'utiliserai sûrement pas parce qu'elle doit être relativement datée, mais j'adore l'idée de l'avoir dans ma bibliothèque.

Le deuxième livre est un petit vade-mecum, un petit guide donc, à destination des forestiers et réalisé par la Société forestière de Franche-Comté datant de 1937. Or, vous ne le savez sans doute pas, mais mon rêve, c'est de travailler dans les forêts de Franche-Comté, que je trouve absolument sublimes et dont la gestion en futaie jardinée me parle beaucoup (je pourrais vous parler des heures des montagnes du Jura...). Alors bon quand je l'ai vu, je me suis dit que je ne pouvais pas le laisser dans cette petite librairie d'occasion... Même remarque que pour la flore, je n'en aurais pas l'usage mais ça me touche de l'avoir.

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Regardez-moi cette magnifique édition de trois romans de Saint Exupéry ! J'ai adoré "Vol de nuit" et "Le Petit Prince", je veux en lire plus, et quand j'ai vu le prix, je n'ai pas résisté... 7€ les trois volumes ! J'avais les yeux qui brillaient quand le bouquiniste m'a dit ça. Merci monsieur !

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J'ai beau en discuter avec pas mal d'amis qui ne supportent pas ses romans policiers, je ne peux pas m'empêcher d'adorer Agatha Christie. Oui, c'est n'importe quoi tellement c'est invraisemblable, oui, aucun moyen de découvrir la clé du mystère avant la fin malgré ce qu'on veut nous faire croire, mais je n'y peux rien, j'adore supposer que la solution est la plus incroyable, la moins réaliste de celles qu'on imagine et apprendre que j'avais à la fois raison et tort. Je suis absolument fan du "Crime de l'Orient-Express" et du "Meurtre de Roger Ackroyd" et quand j'ai vu cette collection bleu et argent à 20€, j'ai craqué... L'idée n'est pas d'avoir toute la collection (auteure beaucoup trop prolifique !!!), mais de découvrir des oeuvre de Christie que je n'ai pas encore lues (pour la plupart) dans un bel écrin <3

Enfin, j'ai trouvé quelques poches sympatoches :

 - "L'Ombre du vent", de Carlos Ruiz Zafón, qui fait partie de la trilogie du Cimetière des Livres Oubliés (j'ai lu "Le Jeu de l'Ange" qui est le tome deux avant celui-ci, je n'avais aucune idée qu'il existait un premier tome, et ça ne m'a absolument pas dérangée !)

 - Deux autres romans d'Agatha Christie : "Un cadavre dans la bibliothèque" et "Allo, Hercule Poirot" ; oui, c'est répétitif, oui, ça fait beaucoup, mais vous avez compris : je suis une fan aveugle !! C'est le genre de livre que je lis pour me vider la tête ^^

 - "Les sociologies contemporaines" de Pierre Ansart ; je ne sais pas ce que ça vaut mais je voudrais approfondir mes connaissances (maigres) en sociologie, alors voilà !

Et la libraire de "La Forge 54" m'a offert avec mes achats le recueil des textes sélectionnés pour le concours d'écriture annuel de Fontenoy-la-Joûte. Le thème 2019 était "Danser au rythme des mots", je vous en ferais peut-être une petite chronique !

Voilà pour ce petit bilan, j'espère que ça vous aura plu. A refaire à l'occasion ? Dites-moi ce que vous en pensez !

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25 septembre 2019

J'vous sers un vers ? #8 Daniel Balavoine, Petite Angèle

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Bienvenue dans la chronique littéraire de la semaine ! Vous boirez bien quelque chose ?

Aujourd'hui, j'aurais pu vous présenter "Jeune et con" de Damien Saez ou bien "Fire" d'Ayo, mais j'ai décidé pour parler de jeunesse rebelle d'évoquer les mots d'un chanteur à l'apparence timide, mais qui savait très bien mordre lorsque c'était nécessaire... Daniel Balavoine me touche souvent par son engagement, et "Petite Angèle" ne fait pas exception.

Faut vraiment que je dise à Angèle
Qu'ici c'est la révolution
Que tous les mômes foutent en l'air les poubelles
De la région
Qu'elle prenne sa bécane qu'elle sorte de chez elle
Qu'elle laisse tomber son feuilleton
Pour me donner sur ces jeux rebelles
Une explication
Angèle me dit qu'il faut que je comprenne
Qu'ils ont forcément leurs raisons
Ils veulent savoir vers quoi on les entraîne
Et qui ils sont
C'est normal que ça leur pose un problème
Vu que personne ne leur répond
Angèle me dit qu'il faut que je comprenne
Leur réaction

Cette gamine qui n'a que la quinzaine
Laisse exploser ses émotions
Par son goût de la révolte sans haine
Et ses passions
La jeunesse est une douleur si ancienne
En manque de compréhension
Qu'on devrait tous avoir pour Angèle
De l'adoration

Je n'ai pas envie de décortiquer ce texte. Pourtant, il y a beaucoup de choses à dire. Je pourrais vous parler de l'antithèse entre la jeunesse et l'âge adulte, la rébellion de l'une contre l'indifférence de l'autre. D'Angèle, cet oxymore céleste qui lie jeunesse et sagesse, innocence et violence, compréhension et remise en question des règles. Des champs lexicaux, de la position du narrateur, bref, de la forme. Je pourrais, oui.

Mais ce que j'ai envie que vous remarquiez, aujourd'hui, c'est l'universalité de ce texte et à quel point il est toujours d'actualité. A quel point la jeunesse des années 2010 ressemble à celle des années 80. Je cherche des réponses au monde dans lequel nous vivons, et je n'en trouve pas.

Pourquoi ? Comment en sommes-nous arrivés là ? D'ici 2100, si nous ne faisons rien, la planète aura pris 7°C, les chiffres viennent de tomber. Et avec eux, l'annonce de la catastrophe climatique à venir, qui touchera d'abord les plus défavorisés, évidemment. Dans leur tour d'or et de cristal, ce qui peuvent s'acheter la survie nous regarderont brûler. Puis ils s'effondreront aussi, car ils ne savent qu'exploiter le système, voraces sangsues inconscientes et indifférentes.

Les jeunes ont particulièrement pris conscience et responsabilité du problème, je crois. Le mouvement "Youth for Climate", le Manifeste étudiant pour un réveil écologique, les nombreuses mobilisations, Greta Thunberg et sa popularité... Faute de foutre en l'air des poubelles, nous nous rassemblons, nous marchons, nous crions.

Ce samedi 21 septembre, j'ai marché pour le Climat avec ceux de ma génération, et ceux des précédentes. Peut-être pas pour faire la révolution. Au moins pour demander à nouveau une réponse qu'on ne nous donnera sans doute pas... J'ai discuté, échangé, débattu, autour de la croissance verte, du libéralisme écologique, de la colapsologie, de l'optimisme, de la misère sociale, de l'absence de sens ou d'espoir. Je me suis forgée de nouvelles convictions. Profondément pessimistes. Non, en fait, profondément réalistes.

"La jeunesse est une douleur si ancienne / En manque de compréhension". Ces deux vers me brûlent la gorge et les yeux de sanglots retenus lorsque je les ânonne dans le noir, dans le silence. C'est leur vérité qui m'étouffe. Je crois qu'être jeune, en tout lieu, en tout temps, implique un regard sur le monde à la fois pur de tout renoncement, de toute acceptation, mais aussi empli d'impuissance et de rage. Et ceux qui ont grandi ne peuvent le comprendre, ils ont appris au fil des coups à les encaisser sans broncher. La douleur est moins vive, émoussée sur la pierre de l'habitude.

J'en suis horrifiée, mais je crois que je grandis.

Les poings liés depuis la naissance

Tordue dans cette camisole d’impuissance

La bouche bâillonnée d’idéaux

Moi qui voyais le monde si beau

 A en vomir de naïveté

J’ouvre des yeux ensanglantés

J’ai trop versé ces larmes

Qui ne seront jamais des armes

Une douleur âcre a pris racine

 Dans un coin sombre de ma poitrine

Mais jamais fruit ne poussera

Dans les ruines de ma foi

La vigne tortueuse de cette colère

Celle d’être née sur cette terre

Il me faut l’arracher sans pitié

Elle ne m’aura rien apporté

S’il me faut aimer mes chaînes

Pour que disparaisse la haine

Les doutes, l’espoir et la souffrance

Pour que tout ne soit qu’indifférence

Errance vide aux doux reflets d’absence

Alors je baisserai la tête, les yeux

Je serai chien docile,  fidèle et heureux

Pour enfin détourner le regard

Car il est déjà trop tard

A bientôt autour de quelques vers...

(Et rappelez moi de ne jamais rien programmer à l'avance... Je suis désolée d'avoir loupé tous mes rendez-vous !)

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08 septembre 2019

Une visite chez... Landrynne

Aujourd’hui, je vous parle avec des larmes dans la voix.

J’ai fait une rencontre. J’errais, perdue dans cette blogosphère que j’aime tant, si riche de trésors, sans savoir où j’allais. Je cherchais quelque chose. Mais quoi ? Des mots, évidemment, des mots, encore des mots, toujours des mots. Pas juste de jolis mots, on en trouve des centaines sans même chercher, mais des vrais mots, des mots qui me toucheraient.

Et je vous ai vue.

Je me suis blottie dans votre ombre. J’ai écouté. Sans faire de bruit. Je me suis cachée pour mieux lire vos mots. Emplis de douleur, de tendresse, d’incompréhension, d’amour, de faiblesse, de force, de chagrin, d’espoir… J’ai essayé de comprendre ce corps, cet esprit, ces émotions, cette personne que vous décrivez si différents, si uniques. Etendue dans l’herbe de votre jardin des souvenirs, j’ai levé les yeux vers vos deux étoiles.

Je n’ai pas su quoi dire. Parce que chacune de ces lignes résonnaient comme la détresse de ceux que j’aime. Cette détresse, elle me désarme, elle me renvoie que je suis impuissante, elle me touche. Vous me touchez. Vous décrivez si bien ce que je ne peux pas comprendre car, comme vous l’avez bien deviné, je fais partie de ces humains qui ont la chance, le privilège, d’être heureux. La vie m’a fait l’incroyable faveur d’être aimable à mes yeux. J’aimerais partager avec vous, avec eux, ce bonheur.

Alors, timidement, j’ai envoyé des messages vers vous. Des petits bouts d’espoir et de joie. Des marques d’écoute, à défaut de compréhension. La bienveillance avec laquelle vous m’avez répondu m’a émue aux larmes. Je vous remercie pour votre patience et votre ouverture d’esprit. Je vous remercie aussi de vous dévoiler à ce point à ceux qui vous lisent. Loin d’être indécent, cet effeuillage pudique de vos sentiments est une véritable bouée de sauvetage pour ceux et celles qui ont besoin de vous entendre.

Merci, chère Mam’ange. Je reviendrai souvent marcher dans vos pas, vous êtes un exemple pour moi, et une très belle lumière au bout d’un chemin très sombre pour d’autres.

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01 septembre 2019

Les Défis Fabuleux et Frappés des Funambules Calligraphes #7

Septième défi ! Allons-y !

Tisama a décidé cette fois de faire dans l'original et m'a donné pour thème Les plaisirs de la porte, un poème de Francis Ponge. Celui-ci, dans son recueil Le Parti pris des choses, se fait le porte-parole des objets, cherchant à les décrire le plus justement possible en s'appuyant sur leurs caractéristiques mais également sur l'étymologie de leur nom ou ses sonorités. C'est un auteur que je trouve très talentueux mais j'ai du mal à apprécier son oeuvre car elle me touche peu. Ce défi a donc été assez difficile pour moi, je ne trouvais pas d'idée, j'étais bloquée. Je vous laisse lire le résultat, après le poème originel, en espérant ne pas trop vous décevoir...

 

"Les rois ne touchent pas aux portes.

Ils ne connaissent pas ce bonheur : pousser devant soi avec douceur ou rudesse l'un de ces grands panneaux familiers, se retourner vers lui pour le remettre en place, — tenir dans ses bras une porte.

Le bonheur d'empoigner au ventre par son nœud de porcelaine l'un de ces hauts obstacles d'une pièce ; ce corps à corps rapide par lequel un instant la marche retenue, l'œil s'ouvre et le corps tout entier s'accommode à son nouvel appartement.

D'une main amicale il la retient encore, avant de la repousser décidément et s'enclore, — ce dont le déclic du ressort puissant mais bien huilé agréablement l'assure.

 Francis Ponge, Les plaisirs de la porte"

 

clé

 

Les vertueux ne touchent pas aux serrures.

Ils ne veulent pas connaître ce bonheur : glisser avec délectation ou malice l’une de ces belles clés ouvragées, la tourner d’un geste pour faire cliqueter le mécanisme, - révéler les secrets d’une serrure.

Le plaisir de déjouer par sa bouche de métal l’une de ces ingénieuses gardiennes de mystères ; cet entrelacement bref par lequel un instant le souffle retenu, le cœur s’ouvre et l’âme toute entière s’abreuve d’une nouvelle découverte.

D’une main hésitante elle la retient encore, avant de la faire céder et s’ouvrir, - ce dont le déclic du ressort retenu mais tentateur agréablement l’assure.

 

Le texte de Tisama ICI !

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25 août 2019

Solitudes (ancienne participation au Solifera d'Or)

Aujourd'hui je voudrais vous partager un poème que certains d'entre vous ont lu sur le blog de Solifera, à l'époque où il existait encore. J'avais participé au Solifera d'Or, concours dont le thème était la solitude et où la seule contrainte était d'écrire en alexandrins. Exercice ô combien difficile pour moi, mais si l'on ne sort jamais de sa zone de confort, on ne progresse pas. Voilà donc Solitudes, dont je suis assez contente !

 

Solitudes

Dans l’obscurité, un enfant hurle. Il a peur.

Les crocs d’un cauchemar le suivent dans le noir.

Un monstre sous le lit ? Peut-être dans l’armoire !

Personne qui vient. Personne. Où est le sauveur ?

Sans doute endormi quelque part. Mais l’enfant pleure.

Sa solitude est sombre et emplie de frayeur.

 

Pas encore une femme, plus vraiment une enfant,

Elle affronte leurs regards méprisants. Ils rient.

Et leurs mots et leurs gestes, et leurs coups et leurs cris,

Sont autant de tirs qui la frappent en sifflant.

Une proie faible pour tous, et tous pour son sang.

Sa solitude est l’ombre de ces ignorants.

 

Apaisement. Un jardin, un homme qui dort.

Bercé par le chant mélodieux des oiseaux

Que rien ne trouble si ce n’est le bruit de l’eau,

Il rêve, part, et oublie jusqu’à son propre corps.

Le soleil le recouvre de ses rayons d’or.

Sa solitude est un doux reflet de trésor.

 

Elle sait bien que toute chose a une fin.

Cette femme qui s’en va, seule dans son lit,

Abandonnée de tous, de sa propre famille.

Dans sa nostalgique vieillesse, elle s’éteint.

A part les souvenirs, il ne reste plus rien.

Sa solitude est une nuit sans lendemain.

 

Solitude. Autant de facettes pour ce mot

Qu’il y a de visages différents ici bas,

Monde pluriel où l’unique n’existe pas.

A chacun sa vertu, à chacun son défaut,

A chacun sa solitude. La mienne est un flot

De sentiments confus, de multiples échos.

 

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Metz en couleurs nocturnes

 

N'hésitez pas à laisser un commentaire si cela vous plu ou déplu ! <3

A bientôt, et bonnes lectures !

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20 août 2019

Je veux vous parler de moi, de vous, de nous ?

Comme vous avez pu le constater, j'ai repris une certaine activité sur ce blog. A vrai dire, j'ai profité d'un week-end un peu moins chargé pour rédiger et pré-publier beaucoup de messages car je ne suis évidemment pas en vacances mais en stage (ce serait trop beau). J'ai également peaufiné le "décor" et je suis très heureuse de vous dire que je me sens toujours chez moi dans ce petit univers internautique. Presque 6 ans et demi et 140 messages plus tard, je vous parle encore de moi, de vous, de nous.

 

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Mésange azurée, dessin aux crayons aquarellables

 

Alors voilà où j'en suis, moi. J'attaque en septembre ma troisième et dernière année d'école d'ingénieur en Gestion forestière et ressources forestières, où je m'épanouis pleinement du point de vue professionnel. Je fais de merveilleuses découvertes tous les jours, et j'aimerais en partager plus avec vous...

 

 

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Hêtre (Fagus sylvatica)

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Je crois que c'est aussi un hêtre... Je l'ai trouvé magnifique !

 

Je lis toujours, moins qu'avant, et je ne prends pas forcément le temps de vous en parler, mais mes rencontres littéraires sont toujours aussi enrichissantes et passionnantes. En ce moment, je suis les conseils d'un ami un peu fou qui m'a prêté ceci :

 

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J'écris toujours. Plus lentement, sans me précipiter, mais je continue. Je suis plus persévérante, j'abandonne moins facilement, je construis mieux mes textes : bref, je mûris. Je suis fière de cette évolution. Et forcément, une petite graine est en train de prendre racine grâce à tout cela... Une histoire d'atomes, de responsabilités et d'héroïsme. Je vous en parlerai bientôt... Je suis surtout heureuse de ne pas douter depuis plus de deux ans de la qualité de mon travail (malgré mon côté toujours très critique et exigeant) et de l'intérêt de continuer à écrire.

 

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Méloé violet (Meloe violaceus)

 

Pour notre petit coin de la blogosphère, celui que nous partageons, j'ai beaucoup de belles choses prévues.

Je continuerai d'y poster mes textes et notamment les Défis Fabuleux et Frappés des Funambules Calligraphes, qui sont une bouffée d'air frais dans ma manière d'écrire. C'est un exercice vraiment intéressant et je suis sûre qu'au fur et à mesure des défis que je relève, je m'améliore. Il y a aussi les rares poèmes que je continue d'écrire, ceux que je n'ai jamais postés, les nouvelles que j'arriverai enfin à terminer, des extraits de ma petite graine ? On verra bien.

Et puis bien sûr, les chroniques. J'ai l'espoir de tenir mes délais cette année, mais comme je l'ai déjà dit dans un précédent message, je ne fais plus de promesses que je ne peux tenir. J'aimerais aussi retenter l'expérience d'une chronique à écouter, mais ça demande beaucoup de temps, ce que je n'ai pas vraiment, et il me faut un sujet adapté. Je vais enfin essayer d'utiliser le plus possible d'illustrations "personnelles" comme dans ce message et moins d'images tirées du net.

Alors voilà, tout cela est un peu mélancolique, c'est sans doute parce que je le suis un peu. La fin de l'été approche, je suis fatiguée et seule en Belgique, il est tard et je n'arrive pas à dormir... Je reviendrai prochainement avec plus d'énergie mais ne me croyez pas triste ce soir, au contraire ! Je reviens vers vous pleine d'espoir et d'ambitions. J'aime le soleil qui s'est levé sur ma voie.

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Pour conclure ce message et ne pas vous laisser sur quelque chose de trop inconsistant, voilà quelques aperçus du programme :

 - 25 août : un poème que vous connaissez peut-être déjà mais que je n'ai jamais publié sur le blog (mystère mystère...)

 - 28 août : J'vous sers un vers ? #8 ; une chanson, encore une ! Petit indice : on va parler de jeunesse, de bécane et de feuilleton...

 - 1er septembre (si tout va bien) : le DFFFC #7 (j'aime beaucoup les acronymes)

 - 4 septembre : J'vous sers un vers ? #9 ; j'ai l'idée mais difficile de vous donner un indice

 - 8 septembre : Une visite chez... un ange à la plume tendre et touchante

 - 11 septembre : J'vous sers un vers ? #10 qui va vous rappeler les bancs de l'école

A bientôt, et bonnes lectures... :-)

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18 août 2019

Les Défis Fabuleux et Frappés des Funambules Calligraphes #6

Bonjour à tous !

Sixième itération de ces défis qui nous poussent toutes les deux à réinventer notre écriture. J'ai décidé ici de pousser vers quelque chose de plus personnel pour suivre le thème "GHB" que m'avait donné Tisama. J'avais dit que je mettrais un peu de moi là dedans, n'est-ce pas ? Alors voilà.

GHB

J’entraperçois son fantôme dans les vapeurs éthérées de cette soirée d’été. Il m’invite sur la piste pour une autre danse et je ne peux rien lui refuser. Auprès de lui m’observent les autres, je suis sans résistance face à leur regard. Mais avant, je dois avaler cette gorgée de sel au calice des souvenirs. Mes lèvres s’offrent et le goût amer d’une drogue bien connue se mêle à ma salive.

Rouge, rouge, rouge, tout est rouge, nimbé de vermeil. Le monde explose sur ma rétine en surimpressions écarlates. Emportée par un flot qui envahit mes veines, je m’abandonne à ces sensations trop familières. Le sang bat dans mes tempes et tambourine dans ma poitrine. Ce rythme, je le connais par cœur, mes pas et mes gestes s’y accordent, tout comme mon souffle, saccadé. Je t’offre encore une valse, sûrement pas la dernière, n’est-ce pas ? En retour, tu m’embrases, tu me dévores de tes flammes comme pour hurler que je t’appartiens, que je suis tienne pour l’éternité.

En un mot, je me consume. De désir ? Pauvres naïfs. Jamais. Car c’est à tes pieds, odieuse maîtresse, que je reviens toujours me coucher. Toi, qui règnes sur mes nuits de cauchemar, ma drogue, mon effrayante addiction, mon incontrôlable obsession, mon Ire, ma Colère.

Gronde, Hurle, toi, la Bête, Gorge ton Hôte Balbutiante, moi, la Geignarde, l’Hésitante, la Banale ; j’ai trop Gardé ces Heures Blêmes de Griefs, Haletante sous mes Blessures. Guérir ? Ha !  Bienheureux sont les Gens qui peuvent s’Habiller de Bandages, se Gaver d’Harmonieuses Bénédictions pour Grandir sans Hantises ; moi, je Brûle, Grimaçante, Harassée par le Bruyant Galop d’un Hongre Bouffi et Galeux : la Haine. Belliqueuse, elle me Gangrène Hâtivement de ses Baisers au Goût de Houille et de Braises.

Le texte de Tisama ICI !

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11 août 2019

Pélerinage

La plaine grimpe encore sur quelques mètres avant de s'arrêter brusquement, laissant place au ciel. Un ciel immense, infini, d'un bleu si pur et si intense qu'elle en est éblouie. Presque, elle y est presque. Encore quelques pas, et il sera là.

L'océan.

La falaise s'ouvre soudain à ses pieds, déchirure de terre emplie d'air salé. Le calcaire blanc, taillé à vif par les vagues, accueille au sein de ses plaies béantes les colonies d'oiseaux marins. Leurs cris et les embruns l'enveloppent. La roche saigne les larmes de la mer, comme un écho de ses cicatrices.

Elle se penche au-dessus du vide. L'eau l'attire irrémédiablement. Quelque chose résonne dans sa poitrine, un appel qui vibre entre ses côtes, là, juste à la place du coeur, dans le creux qu'il a laissé quand il s'est brisé.

Voler. Pour une seconde, pour un instant, être suspendue dans les airs, portée par le vent, avant de laisser son corps déjà en miettes exploser sur les rochers. Douleur aiguë mais salvatrice. Silence.

Elle ferme les yeux et recule. Ses jambes se dérobent sous elle et sa silhouette s'affaisse sur la ligne d'horizon comme une poupée de chiffon. Elle n'en a pas la force.

Alors, visage tourné vers le ciel, elle prie pour que son fragment de falaise s'effondre.

 

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04 août 2019

Billy The Kid

Coucou mes petits ectoplasmes !

Pas si ectoplasmiques que ça, on dirait, puisque j'ai eu pas mal de retours sur mes dernières publications ! Merci beaucoup !!! Cela m'encourage énormément !

Pour vous tenir au courant, j'ai quelques publications d'avance donc le blog ne devrait pas être désertique dans les semaines qui viennent... Je suis malheureusement bloquée sur le dernier DFFFC, Tisama n'a pas été tendre pour cette dernière consigne ! Juste vengeance après la torture qu'a dû être le précédent pour elle... Je vais essayer de m'en dépatouiller !

 

sucredorge

 

Je voulais vous partager aujourd'hui un poème sur lequel j'ai beaucoup travaillé et que j'ai terminé l'année dernière. Je ne vous l'avais jamais partagé car j'avais dans l'idée de le mettre en musique, mais je ne me suis pas encore lancée... Un de ces quatre, qui sait ? Il reprend une thématique qui me tient beaucoup à coeur, vous le savez : l'enfance et l'imagination. Tout ça en se baladant dans le Far West, yiiiiiihaaaaaaaaaaaaa !

 

J'ai un beau flingue en sucre d'orge

D'la chique de gosse au fond d'la gorge

Genre bubble-gum goût menthe à l'eau

J'la joue cow-boy sur mon vélo

 

J'ai des santiags en caoutchouc

Ma mère m'appelle son p'tit bout d'chou

Mais Jessie James me battrait pas

Au concours du plus beau crachat

 

Dans l'Grand Canyon de mon jardin

J'fais des Indiens mes grands copains

J'refais l'Histoire à ma façon

Dans ma tête de p'tit garçon

 

Siffle trois fois mon petit train

A l'horizon d'mon papier peint

Sur le désert de mon plancher

Je tourne mon western inventé

 

Et puis le soir, seul dans mon lit

Quand j'rêve encore d'la Grande Prairie

Les yeux fixés sur le plafond

J'm'endors en comptant les bisons

 

Dans l'Grand Canyon de mon jardin

J'fais des Indiens mes grands copains

J'refais l'Histoire à ma façon

Dans ma tête de p'tit garçon

 

Tour à tour shérif ou bandit

Que j'sois Dalton ou bien Lucky

J'choisis mon camp sans y penser

Au hasard, juste pour m'amuser

 

Surtout pas d'morts, quelques blessés

J'm'en fiche pas mal de gagner

Tant qu'au final, on fait la paix

Qu'ensemble on fume le calumet

 

Mais en jouant dans mon jardin

J'aimerais bien m'trouver un copain

Pour partager mon canasson

Mon coin d'saloon et mes bonbons...

 

N'hésitez pas à laisser un petit commentaire si ça vous a plu/déplu ! <3

*signaux de fumée en forme de livres* (A bientôt et bonnes lectures !)

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31 juillet 2019

J'vous sers un vers ? #7 Wajdi Mouawad, Incendies, Lettre aux jumeaux

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Bienvenue dans la chronique littéraire de la semaine ! Vous boirez bien quelque chose ?

Ah, le théâtre ! Monter sur les planches, donner du corps aux mots, laisser vivre l'histoire sur la scène et en sentir les échos dans son coeur lorsque se ferme le rideau. J'adore jouer : c'est aussi libérateur que formateur. Se prendre pour quelqu'un d'autre et laisser les spectateurs y croire, c'est apprendre, apprendre qui l'on est, qui est l'autre, comment il voit le monde...

Mais il y a deux rôles, deux personnages que je rêve de jouer depuis que je les ai découverts. Deux rôles de femmes déchirées par leurs idéaux, deux amoureuses de la liberté, la vraie, deux héroïnes dont le destin tragique a été immortalisé par deux immenses dramaturges. L'une s'appelle Antigone et ses mots sages de jeune fille rebelle ont été sublimés par la plume de Jean Anouilh. L'autre s'appelle Nawal et sa lettre intemporelle de mère est née de l'esprit de Wajdi Mouawad.

 

Lettre aux jumeaux

NAWAL : Simon,

Est-ce que tu pleures ?

Si tu pleures ne sèche pas tes larmes

Car je ne sèche pas les miennes.

L'enfance est un couteau planté dans la gorge

Et tu as su le retirer.

A présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.

C'est un geste parfois très courageux.

Avaler sa salive.

A présent, il faut reconstruire l'histoire.

L'histoire est en miettes.

Doucement

Guérir chaque souvenir

Doucement

Bercer chaque image.

 

Jeanne,

Est-ce que tu souris ?

Si tu souris ne retiens pas ton rire

Car je ne retiens pas le mien.

C'est le rire de la colère

Celui des femmes marchant côte à côte

Je t'aurais appelée Sawda

Mais ce prénom encore dans son épellation

Dans chacune de ses lettres

Est une blessure béante au fond de mon coeur.

Souris, Jeanne, souris

Notre famille,

Les femmes de notre famille, nous sommes engluées dans la colère.

J'ai été en colère contre ma mère

Tout comme tu es en colère contre moi

Et tout comme ma mère fut en colère contre sa mère.

 

Il faut casser le fil,

Jeanne, Simon,

Où commence votre histoire ?

A votre naissance ?

Alors elle commence dans l'horreur.

A la naissance de votre père ?

Alors c'est une grande histoire d'amour.

Mais en remontant plus loin,

Peut-être que l'on découvrira que cette histoire d'amour

Prend sa source dans le sang, le viol,

Et qu'à son tour,

Le sanguinaire et le violeur

Tient son origine dans l'amour.

Alors,

Lorsque l'on vous demandera votre histoire,

Dites que votre histoire, son origine,

Remonte au jour où une jeune fille

Revint à son village natal pour y graver le nom de sa grand-mère Nazira sur sa tombe.

Là commence l'histoire.

Jeanne, Simon,

Pourquoi ne pas vous avoir parlé ?

Il y a des vérités qui ne peuvent être révélées qu'à condition d'être découvertes.

Vous avez ouvert l'enveloppe, vous avez brisé le silence

Gravez mon nom sur la pierre

Et posez la pierre sur ma tombe.

Votre mère

 

Simon pleure. Il pleure d'avoir perdu sa mère. Il pleure de ne l'avoir jamais connue. Il pleure d'avoir découvert les horreurs qu'elle a subies. Il pleure la mère que la guerre, que son pays, que son enfance au Liban lui ont volée. Lui, qui n'a connu que le Québec, qui n'a connu que le silence froid d'une maman qui ne voulait, ne pouvait pas parler, pleure pour celle qu'il comprend enfin, parce qu'il a retiré le couteau de l'enfance de sa gorge.

Et Nawal l'incite à pleurer, à verser ces larmes qui lui permettront de guérir, bercer le passé. Lui, le garçon, le boxeur, doit être celui qui, avec douceur, pardonne et avance malgré le passé. Avaler sa salive, cela signifie réapprendre des gestes simples, anodins, qui sont devenus impossibles : c'est réapprendre à vivre.

Quant à l'histoire avec un petit "h", c'est l'histoire de Nawal, l'Histoire des femmes, l'histoire et l'Histoire de la guerre du Liban, officieuse et officielle. Toutes sont en miettes, brisées sur le sol. Il faut tout reconstruire mais aussi se souvenir, ne surtout pas oublier, car ce serait trahir ceux qui peuplent ces souvenirs.

Jeanne sourit. Mais ce n'est pas un sourire de joie. C'est un sourire de colère. Son rire est ironique, violent, jaune, c'est celui de l'offense qu'elle porte dans sa chair. L'offense dont les femmes, faisant front ensemble, font une arme. Pourtant, Nawal a tout fait pour ne pas transmettre ses blessures à ses enfants. Son héritage, sa douleur, tout entiers contenus dans ce nom, "Sawda", elle les a gardés, elle les a tus. Son silence, c'était son amour pour Jeanne, pour Simon.

"Souris, Jeanne, souris", lui dit Nawal. Car tu as le droit d'être en colère. Contre ta mère, contre ton père, contre les Hommes et leur guerre, contre cette vie que tu n'as pas demandée, contre la colère dans laquelle se noient les femmes de cette famille.

Simon pleure. Jeanne sourit. Et leur mère leur parle.

Elle leur dit de briser le cercle vicieux, de jeter au loin cette pièce dont les deux faces, amour, haine, s'alternent sans cesse, indissociables. Il faut dépasser l'amour, il faut dépasser la haine. Grâce à la connaissance.

Nawal a appris à écrire. Elle a su, grâce à l'éducation, choisir sa propre voie (voix ?), sa propre histoire, et a décidé qu'elle commencerait là, sur la pierre tombale de sa grand-mère.

Savoir, pouvoir. Maintenant, les jumeaux savent. Ils ont ouvert l'enveloppe. Alors ils peuvent graver le nom de celle qui est enfin leur mère sur sa tombe.

Et lui pardonner.

 

Je vous encourage vivement à lire la pièce entière, Incendies, pour mieux comprendre tout le sens et la force que porte cette fin sublime que j'ai à peine effleurés ici. J'ai essayé de ne rien dévoiler de l'intrigue pour vous laisser la découvrir, et je ferai sûrement une chronique mensuelle sur cette oeuvre prochainement pour vous en parler un peu plus.

A bientôt autour de quelques vers, et surtout : lisez sans modération !

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28 juillet 2019

L'Être et le Reflet (et une promesse à tenir)

Bonjour à tous !

Je n'ai jamais vraiment quitté ce blog, mais je dois dire que j'ai encore fait le coup de la disparue... Je ne cesse jamais d'écrire, mais alimenter régulièrement cette plateforme, j'ai du mal à m'y tenir ! Alors comme toutes les années, je me dis que j'ai envie de recommencer... Je pense que vous avez remarqué les derniers messages plus rapprochés !

Bien sûr, j'ai envie de reprendre mes chroniques (hebdomadaire et mensuelle) et les défis avec ma chère Tisama (je ne le dirais jamais assez, son blog est ICI !). Je ne sais pas si je pourrais tenir encore une fois ma promesse, mais bon... allons-y !

Le plus difficile, je crois, c'est d'avoir l'impression de parler dans le vide après toutes ces années si bien entourée. Tout ce silence, après toute cette effervescence... Et je ne sais pas comment faire pour donner de la visibilité à ce blog. Le savez-vous, vous, les petits fantômes ?

C'est comme ça que je vais vous appeler ! Les petits fantômes ! Alors, mes petits ectoplasmes, qu'est-ce que vous dites de lire un petit texte mêlant philosophie de comptoir et théâtre ? C'est tentant ? Alors c'est parti !

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~

L’Être, devant un miroir, au Reflet : Bonsoir.

Le Reflet : Bonsoir. Que puis-je faire pour toi ?

L’Être : Me dire qui je suis, peut être.

Le Reflet : Qui tu es ? Tu ne le sais pas ?

L’Être : Je ne sais plus qui je suis. J’ai cherché, tu sais. Mais je ne sais plus.

Le Reflet : Pourquoi ?

L’Être : Parce qu’ils ont trop d’yeux pour me voir. Trop de regards qui me façonnent, me plient, me rangent dans une petite boîte. Non, dans plein de petites boîtes. Une multitude de minuscules, microscopiques boîtes, trop étroites pour moi.

Le Reflet : Ils ?

L’Être : Les autres.

Le Reflet : Quels autres ?

L’Être : Les autres, juste… Tous les autres. Ils devraient m’aider pourtant. Mais ils me prennent pour quelqu’un d’autre.

Le Reflet : Et alors, qui es-tu, si tu n’es pas quelqu’un d’autre ?

L’Être : Moi. Enfin, je crois. Enfin, je ne sais pas.

Le Reflet : Et tu crois que je sais ?

L’Être : Et bien, tu devrais le savoir. Tu es moi, après tout.

Le Reflet : Si je suis toi, enfin, moi, qui ne sais pas qui tu es, enfin, qui je suis, comment veux-tu que je sache qui je suis, enfin, qui tu es ?

L’Être : Je ne sais pas. Tu n’as aucune réponse ?

Le Reflet : Moi, je n’ai que des questions, ne suis-je pas ton Reflet ?

L’Être : Mais vers qui me tourner, si tu n’as que des questions ?

Le Reflet : Eh bien, peut être vers Moi ? Ou, vers toi ?

L’Être : Vers… moi ? Comment ça ?

Le Reflet, reste silencieux.

L’Être : Réponds !

Le Reflet : Tu sais que ça m’est impossible, n’est-ce pas ?

L’Être, reste silencieux.

Le Reflet : Que fais-tu ?

L’Être : Je réfléchis.

Le Reflet : Tu prends ma place ?

L’Être : En quelque sorte.

Le Reflet : As-tu trouvé des réponses ?

L’Être : Pas encore. Mais tu as raison. La réponse est ailleurs.

Le Reflet : Où ça ?

L’Être : Peut-être de l’autre côté…

Le Reflet : De l’autre côté ?

L’Être : De l’autre côté, oui…

Le Reflet : Oh, je vois, c’est pour cela que tu réfléchis ?

L’Êflet : En quelque sorte, oui. Regarde, ça fonctionne ?

Le Retre : En effet. C’est étrange. Alors c’est cela, d’avoir des réponses…

Le Reflet : Et c’est ainsi, de n’avoir que des questions ? Je ne sais pas si j’y vois plus clair, est-ce plus clair pour toi ?

L’Être : Il me semble que je ne sais toujours pas qui je suis.

Le Reflet : Cela n’a pas du tout réglé mon, enfin, ton problème, n’est-ce pas ?

L’Être : Non, tu n’as pas tort. Je ne sais toujours pas qui je suis.

Le Reflet, reste silencieux

L’Être, reste silencieux

Le Reflet : Mais qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Pourquoi ces boîtes sont-elles si étroites pour nous ? Pourquoi les autres ne nous aident-ils pas ?

L’Être : Peut-être qu’ils ne peuvent pas.

Le Reflet : Comment ça ?

L’Être : Eh bien, maintenant que j’ai des réponses, je crois que j’entrevois quelque chose. Je crois qu’il n’y a pas qu’eux qui créent des boîtes. Je crois… que moi aussi, je me mets dans des boîtes.

Le Reflet : Tout seul ?

L’Être : Tout seul, oui. Enfin, avec ton aide, aussi.

Le Reflet : Si je suis toi, que tu es moi, que je suis moi et que tu es toi, alors c’est pareil.

L’Être : Tu peux répondre, toi, maintenant ?

Le Reflet : Parce que toi aussi.

L’Être : Alors il faut que j’arrête de me créer mes propres boîtes ?

Le Reflet : Je crois, oui. Quel intérêt y a-t-il à se forcer à rentrer dans une case ? C’est aussi désagréable que de devenir son Reflet, et d’être piégé derrière le miroir.

L’Être : Tu ne peux t’en prendre qu’à toi. Mais, si ce que tu dis es vrai… Oui, je pense que tu as raison. Il faut que je détruise mes petites boîtes. Et…

Le Reflet : Et ?

L’Être, reste silencieux.

Le Retre : Tu réfléchis à nouveau !

L’Êflet : …il faut aussi que je détruise ça.

L’Êflet brise le miroir.

L’Être et le Reflet : Libres !

~

J'espère que ça vous a plus, n'hésitez pas à laisser un commentaire si c'est le cas ! <3

A bientôt et bonnes lectures !

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24 juillet 2019

J'vous sers un vers ? #HORS SERIE Charles Baudelaire, De profundis clamavi

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Bonjour à tous, je suis Tisama, auteure du Blog « Filament d’Etincelle » (ICI) et je prends cette rubrique en otage… Bon, étant donné que le commanditaire de cet acte de brigandage n’est autre que la propriétaire dudit otage, la fabuleuse Hime-Chan, mon rêve de cyber-piraterie est quelque peu ridicule. Je tiens tout de même à te dédier cet article, très chère amie et te présenter comme jamais je ne l’ai fait, le trentième poème des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, le terrible « De Profundis Clamavi ».

De Profundis Clamavi

 

J’implore ta pitié, toi, l’unique que j’aime

Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé

C’est un univers morne à l’horizon plombé

Où nagent dans la nuit l’horreur et le blasphème.

 

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois

Et les six autres mois, la nuit couvre la terre

C’est un pays plus nu que la terre polaire

Ni bête, ni ruisseau, ni verdure, ni bois.

 

Or il n’est pas d’horreur au monde qui surpasse

La froide cruauté de ce soleil de glace

Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos.

 

Je jalouse le sort des plus vils animaux

Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide

Tant l’écheveau du temps lentement se dévide.

 

Je suis consciente d’être la responsable de la présence de ce texte ici. De tous les textes de Baudelaire tu avais le choix de parler de « l’Albatros », de « l’Horloge » ou de « la Charogne », plus connus et bien plus évocateurs de Baudelaire mais c’est ce bijou de subtilité qui se retrouve ici et pour cause.

Au commencement, « De Profundis Clamavi » n’était ni pour toi, ni pour moi, un poème. C’était une fanfiction. L’une des meilleures certainement. La première que je t’ai fait lire. Cette fanfiction à l’image de ce poème n’est jamais qu’une descente aux enfers, une plongée dans l’univers de la drogue, de la prostitution et de la manipulation mentale. Avec cette fanfiction, je t’ai plongée dans mon univers de l’époque. Tu aurais pu partir en courant… tu ne l’as pas fait. Tu es restée et je t’en remercie. De Profundis Clamavi marque pour moi nos premiers échanges qui aujourd’hui perdurent aux travers de nos défis.

Pourtant, petit à petit, la fanfiction s’est effacée et a été supplantée par le poème. Je l’ai tant lu et relu qu’aujourd’hui encore je le connais sur le bout des doigts. J’aimais ses sonorités, cette longue agonie dans cette langue sublime.

Je ne peux pas mentir. Il était plus que ça et c’est maintenant que ça se complique pour moi. Il m’est vraiment difficile de faire cette chronique parce que ce poème représente les pires heures de ma vie. Comme toujours, Baudelaire parvient à transformer l’horrible en sublime, le macabre en objet d’art. Dans ce cas, il choisit d’utiliser la forme par excellence du poème d’amour, le sonnet, utilisé par des dizaines de générations de poètes depuis Pétrarque à la Renaissance, pour parler de la dépression. Moi, j’appelle ça un génie du mal.

Pour couronner le tout, à la base, « De Profundis Clamavi » est le début d’un psaume religieux dont Baudelaire reprend et détourne la première phrase. « Des profondeurs, j’ai crié vers toi, Seigneur ». Il remplace « crié » par « j’implore ta pitié » qui reprend l’idée générale du psaume en trois mots et surtout il substitue « vers toi, Seigneur » par « toi, l’unique que j’aime », balayant par l’absence de majuscule sur le « toi » toute éventualité que Dieu serait le destinataire de ce poème.

Le coup de maître étant que ce « toi » devient totalement universel puisqu’il ne s’y arrête pas, n’en fait aucune description et que chacun peut y mettre qui il veut. Cette première phrase m’a véritablement marquée. Elle est difficile à dire à cause de consonnes difficiles à prononcer. En effet, jamais un alexandrin ne m’avait semblé aussi interminable. Les visages se sont succédés dans mon esprit, chaque fois que je lisais cette phrase mais la douleur, elle, était toujours la même.

Cependant, cette première phrase n’est jamais qu’un prétexte pour dresser le tableau de son Enfer personnel et tout le poème peut se résumer à un mot : le vide. C’est l’absence de vie, qu’on peut particulièrement sentir avec l’accumulation de négations « Ni bête, ni ruisseau, ni verdure, ni bois. » Tout le poème parle d’un monde abject aux yeux du poète, sans couleur et sans saveur.

Le pire reste pourtant à venir. Après nous avoir totalement abandonnés dans cette lande désolée, Baudelaire nous dit une dernière chose. Elle se joue dans le dernier tercet. Selon moi, les animaux évoqués ne sont pas à prendre au premier degré. Il s’agit de ceux qui étaient les marins de « l’Albatros » : les autres, les ignorants, ceux qui sont une masse informe qu’on ne peut distinguer, qui prennent même une dimension grotesque quand on voit à quel point le poète est plongé dans un univers où la vie a disparu. Ils sont ce qu’il ne sera jamais. Il les méprise toujours autant mais envie leur condition en un sens.

Leur ignorance leur permet de dormir, une manière simple de faire passer le temps sans avoir à penser. Notre « je » lui n’a pas ce luxe. Il est condamné à regarder le temps qui semble s’écouler indéfiniment et ce sentiment est porté à son paroxysme avec toutes les sonorités du dernier vers : entre l’allitération en « en » et les consonnes placées de manière à ce qu’il soit difficile à prononcer il en devient physiquement pénible.

« De Profundis Clamavi » est une magnifique fleur du mal. Je ne connais pas d’autre texte qui parle mieux de la dépression. J’ai véritablement l’impression d’avoir vécu chaque syllabe de cette agonie mentale. Ce poème s’était incarné en moi et a laissé des traces indélébiles. J’aime toujours ce poème, parce que quelqu’un a fini par répondre. Perdu au fond du gouffre obscur de mon désespoir, j’ai entendu une voix qui m’a guidée vers de magnifiques sommets qu’aujourd’hui j’embrasse avec passion.
Elle disait : 

Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou 

Un collier de fenêtres 
Des ailes couvrent les feuilles 
Tu as toutes les joies solaires 
Tout le soleil sur la terre 
Sur les chemins de ta beauté.

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22 juillet 2019

Les Défis Fabuleux et Frappés des Funambules Calligraphes #5

Après cette très longue pause, revoilà les Défis ! Allons-y !

Ma très chère duelliste Tisama a tenté une feinte magistrale cette fois-ci, un thème des plus... éculés ! Première rencontre... Mais j'ai déjoué ses plans ! Ce n'est pas le texte donc je suis la plus fière, mais il me plaît bien.

Le cinquième défi de ma fourbe amie <3 ICI !

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Première rencontre

Myriam s’accroche à sa main et la serre terriblement fort. Haletante, le souffle entrecoupé de  gémissements de douleur, elle broie les doigts de Gabin et lui ne peut rien faire pour la soulager. Il voudrait pouvoir la relayer, prendre sa place ne serait-ce qu’un instant ! Mais ce n’est pas un combat qu’il peut mener. Tout ce qu’il peut faire, c’est attendre et la laisser exorciser la souffrance en écrasant sa paume.

« Ca va aller, tu vas y arriver ! » l’encourage-t-il.

Il essuie tendrement et non sans inquiétude la sueur qui perle sur son front. Sa peau d’ébène d’habitude douce et lisse se tord de grimaces au rythme de ses efforts. Inspirer, bloquer, pousser. Inspirer, bloquer, pousser. Encore, et encore, et encore…

Il est mort de peur. Pour elle, pour lui, pour eux et pour ce petit humain qu’ils vont accueillir. Tout lui est inconnu dans cette situation et il a l’impression de ne plus rien contrôler.

C’est l’effervescence dans la salle d’accouchement. Les sage-femmes s’affairent et remplissent l’espace de leurs mots d’encouragement. Le silence n’a sa place nulle part et surtout pas dans la tête de Gabin. Les idées fusent, il ne parvient pas à couper leur fil infernal. Un instant, rien qu’un instant de répit…

Et puis il y a comme un éclair, une explosion, un tremblement de soulagement dont Myriam est l’épicentre. Un silence glacé, pesant, s’abat soudain autour de lui. Il retient son souffle. Pourquoi le silence ? Ce n’est pas normal ! L’angoisse forme petit à petit une enclave tenace dans son estomac. Panique sourde, étouffée, qui fait battre le sang trop fort à ses oreilles.

Soudain, un cri libérateur brise la chape de silence. Myriam esquisse un sourire épuisé. Le voilà enfin. Un sage-femme le confie doucement à sa mère. Car oui, la voilà mère !

Gabin, lui, est complètement perdu. Ses mains tremblent, de peur, d’émotion, il ne sait que faire. Elle l’a lâché, et maintenant il a l’impression de se noyer. Il se sent de trop, exclu, incongru, face à un enfant blotti dans les bras de sa mère. Alors elle lève les yeux vers lui et murmure :

« Tiens. Prends-le. »

Il est si léger et si lourd à la fois. Son minuscule corps enveloppé de blanc se tortille contre lui. Il appuie sa douce chaleur contre son coeur, comme une flamme d’espoir nouvelle. Regard azur, immense, infini. Il s’y perd. Quelque chose dans la forme de son front, dans la petitesse de ses poings serrés, lui rappellent Myriam mais il a aussi les fossettes de Gabin. Sa peau café au lait paraît si fragile. En fait, tout ce petit être paraît si fragile. Ce petit garçon encore inconnu qu’il rencontre pour la première fois.

Un bonheur immense l’envahit. Son cœur bat tellement fort, à l’unisson avec celui de son oisillon. Être père pour la première fois et porter dans ses bras son avenir, c’est étrange. Réconfortant et terrifiant à la fois.

Myriam lui sourit et passe une main sur son front.

« Il est beau, hein ? Notre fils. »

Une porte s’ouvre dans la tête de Gabin. Il la franchit sans même un regard en arrière.

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16 avril 2019

La Dame de Paris

La Dame de Paris s'est embrasée
Et, tandis que les flammes dévoraient
Sa chevelure de bois tressé,
A ses plaintes gémissantes qui résonnaient
S'est mêlé un chant de prière,
Montant vers les cieux rougeoyants.
La Dame s'est effondrée hier.
Elle gît sous les décombres fumants
Mais dans leur robe d'aube rose
Ses tours se dressent encore.
Elles défient le ciel, elles osent !
N'est pas venue l'heure de leur mort.

 

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