Voici la suite de ma coécriture avec Olioweb, j'espère que vous apprécierez les efforts car mon collègue a écrit tout seul ce texte et est allé chercher tous les noms hopis !

   L’œil regardait la pupille et la pupille se perdait dans le bleu du regard. Il voyait le visage se transformer, les traits se distordaient en tous sens, l'homme devenait méconnaissable. L'ami d'hier perdait son humanité devant l'ami devenu anonyme. Telle l'image dans le reflet du lac blanc qui bordait les montagnes Tuukwi qöötsa brouillée par les ondulations, la conscience de l'être se perdait, se diluait en une idée fixe : sö`ökwikna. Les mots se répétaient et se répétaient encore dans la mémoire de celui qui avait perdu même son nom. Achachak qui lui faisait face savait, il avait appris, cela se transmettait depuis la nuit des temps, au travers des millénaires qui avaient accompagné les déplacements du peuple Hopis. Achachak était un guerrier aguerri, parmi les meilleurs, il n'avait pas peur quand il fallait défendre les récoltes contre les attaque des indiens Navajos, ni quand il fallait partir en expédition pour massacrer les Mohawks, leurs ennemis héréditaires depuis que la lune était lune et le soleil marié avec elle. Ne pas bouger, le moindre mouvement provoquerait la furie de celui qui lui faisait face. Il venait de basculer dans les mondes obscurs de la folie. L'iris du globe oculaire s'était soudainement dilatée, la parole avait d'abord perdue toute cohérence, puis l'indien s'était tu, immobile, le regard fixe, il était prostré comme entré en lui-même. Achachak devait rester concentré pour avoir le temps de prévenir les siens avant de mourir. Un seul mot, il n'aurait le temps de prononcer qu'un seul mot, et doucement, pour ne pas éveiller trop vite la conscience de l'indien, planté là, tel son reflet dans un miroir. En une immobilité totale, il le toisait. Achachak entama un mouvement du corps avec une lenteur calculée tout en continuant à dévisager le petit être frêle qui se tenait toujours devant lui. Il savait qu'il ne fallait pas sous-estimer la puissance de la transformation. Les Nokomis, filles de la nuit, avaient encore frappé. Les petites fées bleutées avaient susurré à l'oreille de l'homme les mots qui tuent l'esprit.

   Achachak n'avait pas senti tout de suite le Kriss se planter en plein coeur. La vitesse du mouvement, la précision du coup parti de l'arrière à la base du dos, là où le poignard était accroché à la ceinture. Tout était d'une perfection absolue. Les Nokomis en tuant l'esprit guerrier avaient mis à la place le savoir de l'Amok. De la bouche d'Achachak, comme une traînée de poudre, un dernier mot était sorti en même temps que l'expiration de son dernier souffle. Il s'était répandu à travers tout le village. Il circulait de bouche à oreille, de tipis en tipis, de hutte en hutte.

- Amok.

  A peine susurré pour ne pas alerter les Nokomis. Pas un endroit qui n'avait reçu la précieuse information. Le vent lui-même s'était levé, lancé par le totem du clan : Lux. La maîtresse du dieu Taawa. Astre parmi les Astres. Achachak avait accompli la mission que tout indien Hopi avait appris des ancêtres. Ainsi il avait sauvé la vie des siens. Presque tous.

  Le coureur d'Amok s'était élancé, il avait poignardé l'enfant qui jouait à quelques pas. Le Kriss avait ensanglanté le bas ventre de sa mère qui s'était élancée pour protéger l'enfant. Elle ne vivra pas non plus malgré les soins apportés par le guérisseur. Placé dos au déchaînement de la fureur, Odakotah ne vit pas la lame glisser sur sa gorge. Il perdit la vie, les yeux tournés vers le soleil. Le coureur d'Amok eut à peine le temps d'amorcer la suite de sa course, qu'une flèche le faucha en pleine poitrine. Il se releva pour atteindre la vieille femme. Elle avait abandonné son pilon mais, trop usée par le temps pour fuir, elle restait là, immobile. Il ne put que la blesser au bras avant qu'une deuxième flèche le frappe en pleine tête. La vieille ne pilera plus jamais le maïs, son bras deviendra mort, mais elle, elle vivra.

  Comme des spectres sortis de terre, rampant dans la poussière, les Nokomis se jetèrent sur les agonisants pour se nourrir du sang frais en plantant leurs crocs à la jugulaire. Personne ne pouvait les voir, elles avaient l'apparence du souffle maudit que crache Tookila, la divinité des profondeurs obscures, celui que la lumière du jour tient à distance. Seul Otoahnacto, le sorcier fou, terré à bonne distance du village dans sa hutte de bambous tressés, avait le triste pouvoir de distinguer leur contour bleu saphir. Il n'avait malheureusement plus la ressource de faire appel à leurs rivales, les fées au bleu azuréen. Celles que Lux avait embrassées pour leur insuffler la lumière protectrice du dieu Solaire que les indiens nommaient Taawa. Le sorcier Otoahnacto les appelait depuis plusieurs lunes sans qu'elles ne répondent à son chant rituel qui criait le désespoir du peuple Hopis. Il ne savait pas, mais au plus profond de lui, il se doutait, il pressentait qu'un malheur était arrivé.


Voilà, c'était le point de vue des indiens ! Je vous rappelle que vous pouvez suivre notre coécriture à
Olioweb et à moi sur son blog. N'hésitez pas à laisser des commentaires chez lui aussi, si nous la publions sur les deux blogs c'est pour ça ! Je tenais aussi à vous dire que je pars demain dans un endroit où il n'y a pas de connexion, donc je ne pourrai pas répondre à vos commentaires. Par contre, je prépare un message qui se postera automatiquement le 10 juillet, dans lequel vous trouverez ma propre suite de notre coécriture. Voilà pour les petites infos ! Sur ce, je vous souhaite de belles vacances, beaucoup de soleil et de très bonnes lectures !!!