Je vous envoie rapidement cette suite, pas tellement de temps... A plus les gens ^w^

Otoahnacto le sorcier Hoppis savait. Il savait que la course de l'Amok était une première étape. Pourtant ce qu'il voyait à la fois le subjuguait et à la fois l'atterrait. Les amis d'hier se battaient pour s'emparer de la prise de leur chasse, pourtant commune. Les femmes qui vivaient en paix au sein du même tipi, s'arrachaient les cheveux, se griffaient la figure, voulaient se crever les yeux, pour des breloques oubliées depuis des lustres. Tous déterraient les armes de guerre. Le simple couteau comme la machette ou encore le tomahawk. Les blessures sanguinolentes qui biffaient les membres des uns et des autres amplifiaient la folie qui s'emparait des Hoppis. Celui qui voyait son frère prendre les armes, ne voyait que son propre reflet et dans un mouvement similaire faisait de même. Chacun captait dans le regard de l'autre la furie qui alimentait une emprise délirante sur lui-même. Le sorcier n'était nullement surpris, il savait qu'après la course de l'Amok, venait la guerre fratricide. Elle se déroulait devant lui comme un spectacle étrange et captivant qui le plongeait dans une immobilité fascinée. La force de cette violence avait amplifié depuis le petit matin. Comme la vague qui submerge le rivage, elle s'est enflée petit à petit pour devenir féroce et meurtrière. Les paroles sombres avaient pénétrées les esprits. Otoahnacto avait appris, depuis la nuit des temps, que la course de l'Amok se terminait par la mise à mort du sorcier, par sa propre mise à mort, car il avait failli. Il avait été incapable de protéger son peuple. Il avait appris aussi que la violence qui allait se déchaîner sur le village allait être féroce, car le coureur fou, de son Kriss avait fait des victimes. Mais le plus terrible c'était qu'il y avait des cadavre et par malheur, il avait réussi à éventrer un enfant. Otoahnacto entra de son tipi pour attendre la mort. Il revêtit sa tenue de cérémonie. Celle que les ancêtres de ses ancêtres lui avaient légués, tous de mort violente. Sans exception. Être sorcier donnait la puissance, la force de celui qui dit la vérité, celui qui est au dessus du chef de la tribut Hoppis. Chef qui n'a qu'un rôle protocolaire dans les rencontres entre tributs, et qui n'a aucun pouvoir sinon celui de parler fort. Il est le seul qui à la droit d'élever la voix, car tous ont peur de la colère. La colère que l'on nomme chez les Hoppis : Amok. Mais le prix à payer pour être sorcier était un lynchage par toute la tribu quand il avait failli.

 

Il bourra son calumet avec l'herbe de vérité. Elle ouvrait l'esprit à des paroles portées par les vents. Ils descendaient des collines vertes où ils avaient fécondés les cultures, et enrobés les champs d'une couronne fleurie. Ils étaient issus des forces qui avaient plié le monde pour l'incurver afin que les indiens puissent voir l'horizon sur lequel, le dieu solaire Taawa, se couchait avec sa compagne Muuyaw. La fureur envahissait le camp mais les clameurs lointaines arrivaient à peine aux oreilles du sorcier. Il avait inhalé les premières bouffées et sa conscience commençait à quitter les terres indiennes pour parcourir les plaines à la recherche de la figure totémique du clan.

 

Il ne trouva qu'un désert noir duquel s'élevait une poussière sombre qui brûlait sa gorge. Du sol, des mains sanglantes jaillissaient, comme des serpents. Elles rampaient dans sa direction. Elles s’agrippèrent à ses pieds pour l'emporter au fond d'une sorte d'entonnoir sur les bords duquel le sable dégoulinait vers lui. La poussière s'était logée dans sa gorge où elle s'accumulait. Il suffoquait. Le sable qui s'était introduit dans ses yeux, le faisait souffrir atrocement. Il ne pouvait pas essuyer ses yeux, ce qui n'aurait d'ailleurs servi à rien, du fait qu'il se tenait fermement aux racines de la mangrove qui abritait ces sables mouvants.

 

- «  Tourne ton esprit vers moi. Tu dois déchirer le voile qui te servait de guide. Tu es projeté au-delà du monde dans le désert sans nom. 

 

- Muuyaw, j'ai fumé l'herbe qui ouvre les yeux et je ne te vois pas. Ton visage si doux, ta beauté qui guide mon regard, tous deux ne sont plus.

 

- Tu ne m'as pas écouté, Otoahnacto ! Tu sais ta mort prochaine. Alors déchire le voile !

 

- Muuyaw totem des totems...

 

- Tu appelles le désert sombre par ces mots. Tu fais se lever la poussière noire, tu réveilles Kaos, celui que vous nommez Tookila, le dieux aveugle. De son œil, il ne voit que le chiffon rouge qu'on agite devant lui.

 

- Pourquoi n'es-tu pas là ? Muuyaw tu nous as abandonnée. Ce n'est pas toi, je le sais, je le sens, car comme un enfant je me sens perdu.

 

- Tu as compris, tu as saisi le sens de ce que déchirer le voile veut dire, il te faut dorénavant n'être plus un enfant et voir par toi-même... Maintenant respires, ouvre ta bouche et accueille la vérité en tes poumons, laisse l’œil être ébloui par le vrai.

 

- Mais le sable... il me dévore, il déchire ma chair...

 

- Kaos te rend aveugle, il noircit tes poumons pour envenimer ton esprit. Ouvre les yeux maintenant ou ferme les jamais ! »

 

Otoahnacto préférait se laisser mourir. Alors il ferma ses poumons, tourna son esprit vers les profondeurs noires et sombres de Tookila le dieu aveugle. Il était prêt à quitter la vie. Il s’était préparé à cela depuis qu'il avait été désigné sorcier, au sortir de l'Amok, quand on donna la mort à celui qui fut comme lui. Il revit ce visage oublié, celui qu'il n'avait voulu sortir de sa tête. Mais à travers lui ce fut la lignée de tous les sorciers qu'il entrevit. Il fut submergé à cet instant par les forces qui unissent son esprit à celui du peuple Hoppis. Pour les quelques secondes qui lui restaient, il s'accrocha à la vie. Avant d'avoir l'orifice buccal empli de la poussière sombre, d'avoir les yeux dévorés par le sable, de supporter la brûlure atroce de ses poumons. Par delà la peur et la souffrance, il se rappela la beauté de Muuyaw, Muuyaw qui n'était plus, Muuyaw qui l'avait abandonné. Mais sa grâce illumina ses pensées. La simple évocation de la délicatesse de ses lèvres déposa sur ses propres lèvres un léger voile de fraîcheur. Le simple souvenir du bleu azuré de ses yeux emplit les siens de larmes. Alors pour elle il décida de tourner son esprit vers les forces germinales qu'elle portait en elle. Et, puisant dans toute l'énergie vitale qui lui restait, il ouvrit la bouche pour lui avouer son amour, ce que jamais il n'aurait osé faire. Pour elle, il allait une dernière fois tourner ses globes oculaires vers la vie et une dernière fois découvrir son corps parfait. Une dernière fois ouvrir grand ses narines et les laisser frémir lorsque les parfums suaves émanaient d'elle.

 

Le sable emplit sa gorge, descendit dans sa trachée artère. Ses pupilles furent lacérées par les grains de silice qui les abrasaient dans une douleur atroce. Otoahnacto plongea son regard dans la noirceur de l'univers, et au plus profond des profondeurs insoupçonnées, un bleu froid et dense absorba son être tout entier. Cebleu minéral colorait d'une teinte à peine discernable cette nuit d'horreur.

 

- « Tu en as mis du temps pour venir jusqu'à nous.

 

- Que fait Muuyaw clouée à notre totem ? D'abord, qui es-tu ?

 

- Tu sais qui je suis car tu as prononcé mon nom, mais tu refuses encore de l'entendre pour ce qu'il est.

 

- Tu es... Mais comment est-ce possible que... Muuyaw tu es aussi... Vous êtes toutes deux réunies, voilà pourquoi je ne pouvais pas vous voir. Je cherchais une qui n'est plus une mais deux. Je n'ai qu'une requête, prêtresses aimées, vous à qui j'offre mon âme sans l'ombre d'une hésitation, je n'ai qu'une requête : Aidez moi à sauver mon peuple avant que je ne meurs.

 

- Maintenant que tu as ouvert ton esprit à l'une et à l'autre, alliance des forces sombres et de clarté, tu as acquis la lucidité.Tu connais la réponse à ta question. »

 

Otoahnacto sortit de son tipi, marcha sur la terre noircie.Car maintenant il voyait. Le totem n'était plus leur totem. Il absorbait la lumière et n'était plus que pourriture grisâtre. De lui émanait une puanteur qui inondait le village d'une odeur poisseuse qui empestait la viande avariée. Il était le seul à sentir ce poison qui portait en son sein la haine de soi et de son frère.

 

Le sorcier ressentit monter en lui un puissance que jamais il n'avait imaginée. Il se dirigea d'un pas assuré vers le totem qu'il attrapa à bras le corps, il le sortit suffisamment de son logement pour que, d'un coup d'épaule, il peut le renverser sur le sol. Il fit quelques pas, puis s'accroupit, de ses mains il arracha la terre maudite qui recouvrait ce qui fut une terre luxuriante, protégée par la totem du clan. Il déterra un couteau Mohawks qu'il avait gardé enfoui là. Une arme qu'il avait pris sur la dépouille d'un des ennemis ancestraux de la tribut Hoppis. Otoahnacto se releva, puis se mit à courir vers son peuple. Et d'un seul coup, très violent, il se enfonça le couteau au niveau de son bas-ventre. Il fallait qu'il détourne la colère de son peuple qui le ravageait dans des combats fratricides pour la focaliser sur les Mohawks. Le temps de la guerre était venu. Le temps des traditions millénaires qui depuis la nuit des temps étaient là pour sauver le peuple indien de lui-même.

 

Avant de tomber, le sorcier pointa du doigt le jeune Poosi pour que tous sachent qui allait être le nouveau sorcier. Otoahnacto laissa son âme le quitter en paix, car il savait qui elle allait retrouver. Dans son voyage, son esprit traversa celui du jeune Poosi pour y déposer son savoir, tout son savoir. Car, là où il allait, il n'en avait plus besoin. Il devait se présenter vierge de toute connaissance, tel une renaissance, tel l'enfant qui sort du ventre de sa mère, pour être accueilli par les prêtresses en qui il avait déposé sa croyance afin qu'elles soient nourries de la force des indiens Hoppis.

 

Nox, celui que les indiens ne pouvaient nommer, venait de perdre une bataille. Il ne pensait pas que sa perte viendrait de celui dont il pensait se servir pour affaiblir Lux. Celle qu'il avait aliéné à son propre totem. Il avait sous-estimé la force du peuple Hoppis. Il avait pris l'habitude de les considérer comme des larves humaines tout juste bonnes à le nourrir, lui est les Nomokis. Il allait devoir considérer les choses différemment.