Le garçon qui voulait courir vite

J’ai déjà évoqué sur ce blog toute l’admiration que je porte à Pierre Bottero, et tout ce qu’il m’a apporté au fil de mes lectures. C’est mon auteur préféré, il n’a pas encore été détrôné malgré d’excellents romans que j’ai pu dévorer ces dernières années de lycée. Il garde la première place, pour l’instant en tout cas, et je pense qu’il la gardera longtemps.

L’écriture de P. Bottero est une des raisons du véritable culte que je peux sembler lui vouer. Sa plume, aussi simple que belle, poétique et sensible, a su éveiller en moi et en beaucoup d’enfants et d’adolescents, le goût des mots. Des phrases qui ne veulent pas seulement raconter quelque chose, qui sont aussi là pour résonner, pour s’envoler dans l’air, toutes chargées de sonorités et de musique. Je pensais que ce rôle était réservé à la poésie. Je me trompais.

Mais  cet  écrivain est aussi devenu maître dans l’art de narrer des histoires, et de nous livrer des mondes riches, des personnages attachants, des scénarios complexes et passionnants. Je ne peux que vous conseiller toute son œuvre de fantasy, « Le Pacte des Marchombres » étant, à mes yeux, son chef d’œuvre. Les subtiles références et mises en abîme qu’il a glissé tout au long des trilogies forment une toile fascinante, tellement bien pensée que je me suis retrouvée à trépigner devant mon livre quand j’ai compris ce qu’il préparait. Je vous encourage à aller lire tout cela, n’ayant pas vraiment l’envie de vous gâcher le plaisir par mes bavardages.

Cependant, il m’a fallu un moment avant de m’éloigner de l’univers héroïc-fantasy de Gwendalavir (et autres) et de me pencher vers les œuvres plus réalistes de celui que je nomme mon maître. D’abord réticente, car profondément attachée à la magie et aux ambiances médiévales typiques de mes lectures collège, je me suis décidée un jour, l’année dernière. J’ai demandé à mon frère d’emprunter « Le Garçon qui voulait courir vite » au CDI de son collège. Ah oui, parce que celui de mon lycée est désespérément vide d’auteurs comme Bottero, Mourlevat, De Fombelle… La documentaliste m’a très gentiment fait remarquer, quand je lui ai proposé de tels écrivains, qu’ils étaient plus destinés à des lecteurs de niveau collégien. Je ne suis pas totalement d’accord avec elle, mais j’ai compris et accepté son argument. J’ai donc été très surprise (pas vraiment en bien) lorsque j’ai vu que la série « Twilight » de Stephenie Meyer figurait sur les étagères dans sa totalité…

Bref, ce n’est pas le sujet de cette chronique, même si j’aurai l’occasion de revenir sur la lecture jeunesse dans un prochain article. Donc ! Me voilà prête à me lancer dans ce petit roman (157 pages dans l’édition que j’ai sous la main, et c’est écrit gros) dont le résumé présageait déjà de bons moments en perspective. Je vous le donne ici, je le trouve court et efficace :

« Debout derrière la grille de l’école, Agathe regarde son frère. Jules ne dit rien, il semble perdu et Agathe en est malade. Depuis l’accident de voiture de leur père cet été, Jules ne parle presque plus et court de moins en moins bien… comme s’il avait perdu l’usage de ses jambes. Qui rendra à Jules sa joie de vivre ? »

(éditions Flammarion jeunesse)

Je doutais de retrouver l’écriture et la poésie du « Pacte des Marchombres », mais j’étais prête à laisser de côté mes expériences précédentes pour savourer pleinement ce roman. Surtout que l’histoire avait l’air vraiment bien. Alors bilan ?

Wow. Tout simplement wow. Qu’est ce que vous voulez que je vous dise ? Cet homme est un génie.

C’est un tout petit roman. On ne suit Agathe et Jules que sur une toute petite partie de leur vie. Mais on en apprend tellement, tellement sur les relations humaines, sur les sentiments, sur la vie.

Alors non, pas de grandes aventures, de prophéties, de pouvoirs magiques, de batailles épiques, de chevauchées sauvages ou de poésie tracée au sommet de tours de cristal. Rien que des enfants qui grandissent pas à pas, des gens qui font leur deuil, nouent des amitiés, en conservent certaines, en oublient d’autres, se saluent ou s’évitent, se consolent ou se heurtent, s’aiment ou se détestent. Juste des personnes qui se croisent et choisissent de faire un bout de chemin ensemble, parce qu’après tout, on a plus chaud au cœur quand on se tient près des autres.

C’est plein d’émotions, de doutes, de réflexions. C’est une vie quotidienne, banale, malgré tout, même si la mort du père d’Agathe et de Jules a tout bouleversé. Il faut réapprendre à vivre. Et à courir.

Pierre Bottero nous prouve encore une fois quel talent il a, mais aussi combien il comprend les gens qui l’entourent. C’est un homme dont je suis certaine de l’immense empathie. Peu de personnes décrivent aussi bien et aussi simplement ce que peut représenter la perte d’un être cher, la reconstruction, les difficultés de la vie, mais aussi ces petits bonheurs qui font toute sa beauté. Chaque personnage raisonne différemment, chacun à son histoire, et tous apportent aux autres mais aussi au lecteur.

J’ai ri. J’ai pleuré. J’ai été en colère. J’ai été touchée. Quand j’ai relevé le nez, quand je suis sortie de mon fauteuil pour poser le livre sur mon bureau, j’ai caressé la couverture du bout du doigt. Quand je suis sortie dans la rue un quart d’heure plus tard, j’ai regardé autour de moi. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de changé. Que les gens me paraissaient plus lisibles, plus ouverts. Et puis j’ai compris.

C’est moi qui avais changé.

Merci, Pierre Bottero. Vous faites beaucoup pour moi. Et chaque livre de vous que je lis me fait avancer un peu plus. Vous voyez ? J’ai retenu la leçon de monsieur Ali, parce que je la trouve magnifique. Je parle de vous au présent.

Et puisse le temps ne jamais vous effacer dans le cœur de vos lecteurs.