Je vous l'avais promis précédemment, et une certaine personne (qui se reconnaîtra) voulait absolument savoir quelle était la trame du roman que j'envisageais. Grâce à Victoire et Aristed, je suis rassurée quant à son écriture, et je me permets donc de vous en livrer le prologue !

Le titre provisoire est Gabriel, mais il est très probable que d'autres idées me viennent au cours de l'écriture.

Prologue

            Gabriel est beau, à n’en pas douter. Il n’est pas très grand, pour un garçon, à peine quelques centimètres de plus que moi. Sa bouche à hauteur de mon oreille, évidemment. Gabriel a des cheveux taillés dans la nuit, plantés sur sa tête comme un enchevêtrement de nuages gonflés d’encre. Son visage est celui d’un adolescent pas tout à fait sorti de l’enfance, et il garde encore, au coin de la bouche, cette fossette espiègle qui joue avec son sourire. Gabriel, avec ses yeux bleu-gris pareils aux miens, a des airs d’Arthur Rimbaud en couleurs. Ils ont le même air frondeur, rebelle, libre, insaisissable. Quand Gabriel rit, il a de petites rides au coin des paupières qui le vieillissent un peu, mais son rire est celui de Peter Pan, il ne grandit jamais. Lorsque Gabriel marche, il sifflote, sautille, joue avec ses pas comme je m’emmêle dans les miens. Gabriel, c’est un merle noir, les plumes et le bec en moins. Il a ce je ne sais quoi d’imparfait et d’impalpable, qui fait qu’on pourrait le décrire encore et encore sans jamais réussir à saisir son image.

            Car on n’emprisonne pas Gabriel. Jamais. C’est un oiseau, un mirage, une pluie d’été qu’on ne pourrait dessiner puisque trop furtive pour qu’on sache vraiment à quoi elle ressemble. Qui peut enfermer la pluie ? Mais c’est plus que quelques gouttes d’eau répandues au hasard. Gabriel, c’est mon ange, mon plus-que-frère, celui qui ne me quitte jamais. Toujours, il est là, pour chuchoter à mon oreille ou bien hurler dans ma tête, pour me tirer par le bras, me taper sur l’épaule, me pousser dans le dos. Il est à la fois ce que je suis, ce que je voudrais être et ce que je ne serai jamais. Il est mon espoir, il est ma lumière, il guide mes pas dans l’obscurité d’un monde hostile et froid, où les autres nous crachent au visage. C’est lui qui essuie leur salive gorgée de mépris sur mes joues de petite fille, qui sèche ou fait couler mes larmes, qui libère mes rires ou mes cris. Il est ma voix. Une part de moi. Gabriel, c’est ma musique.

            Je ne me souviens plus exactement quand j’ai commencé à l’imaginer. J’étais encore une petite fille, à l’époque. Il n’était pas là et puis, un jour, comme ça, naturellement, il est apparu. Ça n’avait rien d’extraordinaire. C’était normal. Alors la date n’a aucune importance. Bien sûr que je suis la seule à le voir. A lui parler. Bien sûr qu’il n’est pas réel. Je le sais bien. Mais c’est comme ça qu’il doit être. Un pas dans l’existence, un autre dans la transparence. A moitié vivant et à moitié fantôme. Un enfant du rêve, un écho de moi-même. Mon Gabriel. Les adultes l’appellent mon ami imaginaire. Enfin, l’appelaient. Maintenant, je n’en parle plus. Ça paraîtrait trop étrange aux gens qui m’entourent. A mon âge, on n’en a plus, d’ami imaginaire. De toute façon, je le garde pour moi. Pas question de le partager.

            Quand je dis qu’il est ma musique, ce n’est pas une métaphore. Il l’est. Littéralement. Gabriel chante. Il a la plus belle voix du monde. C’est un mélange incroyable de toutes les voix de la terre, à la fois douce et puissante, soyeuse et rauque, grave et aiguë, colorée des mille saveurs des rythmes et des mélodies. Cette voix m’accompagne sur le chemin de la vie. A mes côtés, devant toutes les épreuves. Il tient ma main. La serre fort entre les siennes. Et dans les ombres, il hurle à ma place des paroles qui ne m’appartiennent pas. Son chant me protège et me rend plus forte. Grâce à lui, j’affronte les eaux du torrent, les rochers coupants et les ronces auxquelles il me faut m’accrocher. J’avance.

            Gabriel, c’est tout ça. Tout ça et bien plus encore. Je passerais des heures à le décrire, sans jamais me taire. Il y a le petit mouvement de sa tête, cette façon de la pencher sur le côté comme un oisillon curieux, son souffle dans mes cheveux quand il me berce le soir, son rire lorsque le plafond de ma chambre me paraît trop bas pour ma pauvre tête, sa présence silencieuse et rassurante s’il le faut, enfin toutes ces petites choses qui font qu’il m’est indispensable.

            Voilà. Maintenant vous le connaissez un peu. Mon Gabriel.

Je serais vraiment ravie d'avoir vos avis sur ce petit quelque chose que j'ai mis pas mal de temps à écrire, et qui risque d'être encore modifié. Dites-moi ce que vous en pensez !

Bisous, et bonnes lectures !