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Bienvenue dans la chronique littéraire de la semaine. Vous boirez bien quelque chose ?

Je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit, mais… j'aime chanter. J'adore ça. J'ai grandi entourée de musique, et ceux qui me fréquentent ont l'habitude de m'entendre fredonner tout le temps. Alors forcément, dans cette chronique, je parle souvent de musique…

Georges Brassens, ce nom, bien sûr que vous le connaissez. Immense chanteur, compositeur, parolier et musicien français, dont la pipe et la moustache sont reconnaissables entre mille, on le connait surtout pour des chansons plutôt humoristiques, anarchistes et provoquantes.

Mais ses textes peuvent être tristes, mélancoliques, ou doux et optimistes, poétiquement fascinants. Et j'aime particulièrement sa façon de parler d'amour…

Ma mie, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche

Tant d'amoureux l'ont essayé
Qui de leur bonheur ont payé
Ce sacrilège

J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main
Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin

Laissons le champ libre à l'oiseau
Nous serons tous les deux priso-
-nniers sur paroles
Au Diable les maîtresses queue
Qui attachent les coeurs aux queues
Des casseroles

J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main
Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin

Vénus se fait vieille souvent
Elle perd son latin devant
La lèche-frites
A aucun prix, moi je ne veux
Effeuiller dans le pot-au-feu
La marguerite

J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main
Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin

On leur ôte bien des attraits
En dévoilant trop les secrets
De Mélusine
L'encre des billets doux pâlit
Vite entre les feuillets des li-
-vres de cuisine

J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main
Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin

Il peut sembler de tout repos
De mettre à l'ombre au fond d'un pot
De confiture
La jolie pomme défendue,
Mais elle est cuite, elle a perdu
Son goût nature

J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main
Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin

De servante n'ai pas besoin
Et du ménage et de ses soins,
Je te dispense
Qu'en éternelle fiancée,
A la dame de mes pensées,
Toujours je pense

J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main
Ne gravons pas nos noms au bas d'un parchemin

Ses images et ses figures de style sont magnifiques. Il sait parfaitement inverser la signification des mots, les utiliser de façon contraire pour mettre en valeur leur sens. La forme s'adapte au fond, le souligne, le rend plus fort encore. Chaque vers est riche de métaphores, pour mieux développer les images domestiques et culinaires qu'il utilise pour parler du mariage.

Car pour lui, le mariage est une prison, une cage, certes dorée, mais qui fera perdre toute sa saveur de leur amour. Tant pis pour l'union sacrée de l'Eglise, de toute façon, lui n'a jamais aimé l'Eglise. Ce qui est divin, intouchable, c'est la pureté des amants, leur passion, et pour rien au monde il ne voudrait réduire celle qu'il aime en esclavage.

J'aime le ton libertin et rebelle de cette chanson, cette incitation à l'amour sans s'enfermer dans un carcan domestique. « J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main », quelle plus belle déclaration venant de cet homme pour qui la vie doit être libérée de toute obligation ? Pour qui l'amour ne réside pas dans l’éternité mais dans l'intensité, pour qui rien ne doit soumettre l'individu, pas même la loi ? Cet amoureux de l’anarchie…

C'est un hymne à la vie, à la passion, à la liberté, à la résistance ! Une non demande en mariage incroyablement belle, symbole de ses sentiments et de son désir de laisser celle qu'il aime libre. Et je ne veux pas dénaturer ces mots par une analyse trop poussée.

Je vous laisse donc en compagnie de l’homme à la moustache… A bientôt autour de quelques vers, et surtout : lisez sans modération !